Meghan Murphy : La culture du viol, c’est le père de Brock Turner décrivant l’agression sexuelle commise par son fils comme « 20 minutes d’action »
par Meghan Murphy, initialement publié le 6 juin 2016 sur Feminist Current
Dan A. Turner
Source : https://tradfem.wordpress.com/2016/06/07/meghan-murphy-la-culture-du-viol-cest-le-pere-de-brock-turner-decrivant-lagression-sexuelle-commise-par-son-fils-comme-%e2%80%8920-minutes-daction%e2%80%89/
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| Brock Turner |
En janvier 2015, Brock Turner, un nageur étoile
inscrit à l’Université de Stanford aux États-Unis a été aperçu alors
qu’il agressait sexuellement une femme allongée à terre, inconsciente.
Il a essayé de s’enfuir après avoir été vu par deux témoins, mais ils
l’ont maîtrisé et retenu jusqu’à l’arrivée de policiers.
Jeudi dernier, l’homme de 20 ans, qui risquait 14 ans
de détention, a été condamné à six mois de prison, assortis d’une
période de probation de trois ans, et devra être inscrit à vie au
registre étasunien des délinquants sexuels.
Dans une déclaration faite au tribunal avant la
détermination de la peine, le père de Brock, Dan Turner, a déclaré que
la vie de son fils avait été « profondément changée à jamais » et que la
peine était « un prix élevé à payer pour 20 minutes d’action ».
Extrait de la déclaration du père de Brock Turner, Dan Turner :
Au point où en sont les choses, la vie de Brock a été
profondément altérée pour toujours par les événements du 17 et du 18
janvier. Il ne sera plus jamais ce joyeux garçon à personnalité avenante
et à sourire accueillant. Aujourd’hui, il est constamment soucieux,
anxieux, craintif et déprimé. Cela se voit dans son visage, la façon
dont il marche, sa voix affaiblie, son manque d’appétit. Brock a
toujours aimé certains types d’aliments et il est lui-même un très bon
cuisinier. J’avais toujours grand plaisir à lui acheter une grosse
entrecôte à faire cuire au gril ou à lui rapporter sa friandise
préférée. Je devais m’assurer de cacher mes bretzels ou mes croustilles
parce que je savais qu’ils ne dureraient pas longtemps lorsque Brock
revenait d’une longue session d’entraînement. Aujourd’hui, il consomme
très peu de nourriture et ne mange que pour subsister. Ces verdicts
l’ont brisé, lui et notre famille, de mille façons. Sa vie ne sera
jamais celle dont il rêvait et pour laquelle il avait travaillé si fort.
C’est un prix élevé à payer pour 20 minutes d’action en plus de 20 ans
de vie. L’exigence de devoir être inscrit comme délinquant sexuel pour
le reste de sa vie modifie en permanence les endroits où il peut vivre,
se rendre, travailler et les rapports qu’il pourra avoir avec des gens
et des organisations. Ce que je sais, du fait d’être son père, est que
l’incarcération n’est pas une punition appropriée pour Brock. Il n’a pas
d’antécédents criminels et ne s’est jamais montré violent envers
personne, y compris dans les actes qu’il a commis la nuit du 17 janvier
2015. Brock peut contribuer de tellement de façons positives à la
société, et il est entièrement dévoué au projet de sensibiliser d’autres
élèves de niveau collégial aux dangers de la consommation d’alcool et
de la promiscuité sexuelle. Permettre à des gens comme Brock d’en
éduquer d’autres sur des campus universitaires est la façon dont la
société peut commencer à briser le cycle de la consommation excessive
d’alcool et de ses malheureux résultats. Une période de probation est la
meilleure réponse pour Brock dans la présente situation et elle lui
permet de compenser la société de façon positive au final.
Avec tout mon respectDan A. Turner
En fait, la victime de 23 ans ne souhaitait pas au
départ de peine de prison pour son agresseur ; elle tenait pour acquis
que Brock lui ferait « des excuses officielles » et que les choses en
resteraient là pour l’un et pour l’autre. Au lieu de cela, le jeune
homme a engagé un avocat, qui a mis le paquet pour tenter de discréditer
la victime, la forçant à passer une année à raconter en détails son
traumatisme et à répondre à des questions et des accusations non
pertinentes au tribunal.
Dans une puissante lettre, lue en cour au moment de
la détermination de la peine et que vient de publier le webmagazine
BuzzFeed, elle décrit les graves conséquences de l’agression, expliquant
qu’elle était allée à une fête organise dans une « fraternity » et
s’était réveillée « sur un brancard dans un couloir d’hôpital » avec
« du sang séché et des bandages sur le dos des mains et un coude ».
« Un adjoint m’a expliqué que j’avais été agressée.
Je suis restée calme, convaincue qu’il parlait à la mauvaise personne.
Je ne connaissais personne à cette fête. Quand on m’a finalement
autorisée à utiliser les toilettes, j’ai abaissé le pantalon de
l’hôpital qu’on m’avait mis et au moment d’abaisser mon sous-vêtement,
je n’ai rien senti. Je me souviens encore du sentiment de mes mains sur
ma peau qui ne touchaient rien. Je regardais vers le bas et il n’y avait
rien. La mince pièce de tissu, la seule chose séparant ma vulve de tout
le reste, n’y était plus et tout l’intérieur de mon corps était
insensible. Je n’ai pas encore de mots pour décrire ce sentiment. Afin
de pouvoir continuer à respirer, j’ai pensé que les policiers avaient
utilisé des ciseaux pour m’enlever mon sous-vêtement comme élément de
preuve. » (TRADUCTION DE TRADFEM)
Après un examen approfondi et intrusif pour compléter
le kit de constat post-agression sexuelle, la victime a été autorisée à
prendre une douche. Elle écrit :
« Je suis restée là à m’examiner sous le jet d’eau et
j’ai décidé ‘Je ne veux plus de mon corps’. J’en étais terrifiée, je ne
savais pas ce qui l’avait pénétré, s’il avait été contaminé, qui
l’avait touché. Je voulais enlever mon corps comme on enlèverait un
blouson ou une veste, et le laisser à l’hôpital avec tout le reste. »
Elle savait qu’elle avait été agressée sexuellement,
mais ne savait rien de plus. Ce fut seulement plus tard, en lisant un
bulletin de nouvelles au travail, que la victime a appris les détails de
son attaque :
« Un jour, j’étais au travail, je faisais défiler les
nouvelles sur l’écran de mon téléphone, et suis tombée sur un article.
Je l’ai lu et c’est là que j’ai appris pour la première fois la façon
dont j’avais été trouvée inconsciente, la chevelure en désordre, un long
collier enroulé autour de mon cou, mon soutien-gorge sorti de ma robe,
ma robe remontée au-dessus de ma taille et arrachée de mes épaules, et
pour le reste entièrement nue jusqu’à mes bottes, les jambes écartées ;
j’avais été pénétrée à l’aide d’un objet étranger par quelqu’un que je
ne reconnaissais pas. C’est ainsi que j’appris ce qui m’était arrivé à
moi, assise à mon bureau en lisant les nouvelles au travail. J’ai appris
ce qui m’était arrivé au même moment que le reste du monde. »
Inexplicablement, cet article détaillant le viol
d’une femme se terminait par une énumération des statistiques de
performance de natation de l’agresseur.
Cette nuit-là, elle a dit à ses parents qu’elle avait
été agressée sexuellement, mais les a avertis de ne pas regarder les
nouvelles pour ne pas être « bouleversés ». Elle leur a dit :
« ’Sachez simplement que je vais bien. Je suis ici,
et je suis bien.’ Mais alors que je leur parlais, ma mère a dû me
retenir parce que je n’arrivais plus à tenir debout. »
Brock avait rencontré la victime à cette fête et
l’avait amenée derrière une benne à ordures, puis agressée. Elle note
qu’il l’a ciblée spécifiquement, puisqu’elle était seule et vulnérable,
trop ivre pour se défendre. Elle écrit : « Parfois, je pense que, si je
n’étais pas allée à cette fête, alors ce ne serait jamais arrivé. Et
puis, je me rends compte que ce serait arrivé, mais à quelqu’un
d’autre. »
Plutôt que de prendre le temps de guérir, la victime
dit qu’elle a été « revictimisée », maintes et maintes fois, forcée de
se rappeler tout ce qu’elle pouvait sur cette nuit, « dans les moindres
détails ». Après avoir été forcée de répondre aux questions agressives
de l’avocat de Brock, « des questions conçues pour faire dérailler mon
témoignage, pour m’amener à me contredire … des questions formulées de
manière à manipuler mes réponses », elle a appris que son agresseur
avait inventé un nouveau compte rendu de l’événement, prétendant qu’elle
avait « dit oui à tout », en dépit du fait qu’elle ne pouvait même pas
prononcer une phrase.
Brock a déclaré : « À aucun moment donné je n’ai vu
qu’elle ne réagissait pas. Si à un moment j’avais cru qu’elle ne
réagissait pas, j’aurais arrêté immédiatement. » La victime souligne
que, lors de l’interrogatoire, l’un des hommes qui avaient attrapé et
retenu Brock « pleurait si fort qu’il était incapable de parler à cause
de ce qu’il avait vu ».
« Voici la chose. Si votre plan était de n’arrêter
que lorsque je cesserais de réagir, alors vous ne comprenez toujours
pas. Vous n’avez même pas arrêté quand j’étais inconsciente de toute
façon ! C’est quelqu’un d’autre qui vous a arrêté. Deux gars à vélo ont
vu que je ne bougeais pas dans l’obscurité et ont dû vous jeter au sol.
Comment n’avez-vous pas remarqué cela quand vous étiez sur moi ? »
Malgré tout cela, malgré le fait que cette femme a
été trouvée avec des écorchures sur tout le corps – avec de la saleté,
des aiguilles de pin et des lacérations à l’intérieur de son vagin –
Brock a affirmé qu’elle avait aimé cela, et qu’elle avait même joui. Il a
ensuite tenté de se dépeindre comme la véritable victime, ayant été
attaqué par les « méchants Suédois » qui ont appelé la police.
« Je perds le sommeil quand j’imagine la façon dont
les choses auraient pu tourner si ces deux gars n’étaient pas arrivés »,
écrit la victime.
En mars dernier, Brock a été condamné par douze
jurés, qui l’ont reconnu coupable de trois chefs d’accusation au-delà de
tout doute raisonnable. La victime a décrit en détail les « dommages
irréversibles » faits à elle et à sa famille pendant le procès. Et
malgré tout cela, la réaction du père de ce jeune homme privilégié,
malhonnête, égoïste et violent est, en substance, de plaindre « mon
pauvre fils qui aime tant l’entrecôte et les bretzels » ?
« Un prix élevé à payer » ? Pour « 20 minutes
d’action » ? Si, au strict minimum, vous n’arrivez pas à comprendre en
tant que père pourquoi appeler une agression sexuelle de « l’action »
fait partie du problème – une partie de ce qui amène des hommes comme
votre fils à agresser des femmes inconscientes – alors cette sentence
n’a certainement rien d’élevé. À vous entendre, il est par trop facile
d’imaginer ce que votre fils a appris sur « le sexe » et sur la façon de
« s’en procurer ».
Des hommes détruisent la vie des femmes, en tant
qu’individus et collectivement, chaque fois qu’ils commettent ces genres
d’attaques. Et puis ils essaient de se protéger les uns les autres :
« C’était un type bien », « Il mérite la compassion ». Mais à quel
moment cette compassion s’étend-elle aux femmes qui vivent dans la peur
et le traumatisme à cause d’hommes comme Brock qui sont, en vérité,
partout ? » Qui sont partout parce qu’ils sont élevés par des hommes,
entourés par des hommes qui considèrent qu’une agression sexuelle
constitue « 20 minutes d’action » ? Voilà le sens littéral de la culture
du viol : l’idée que le sexe est une chose due aux hommes, que les
hommes obtiennent des femmes, à n’importe quel prix. Le viol est du
sexe, en régime patriarcal. Et le désir des hommes est toujours
excusable, toujours acceptable, toujours plus prioritaire que la
sécurité des femmes, leur bien-être et leur dignité.
« Pendant que vous vous inquiétez de votre réputation
brisée », a écrit la victime, « moi je réfrigérais des cuillères tous
les soirs pour qu’en me réveillant, les yeux gonflés de larmes, je
puisse tenir ces cuillères contre mes yeux, pour en réduire l’enflure et
arriver à voir. » Elle explique ne plus pouvoir dormir dans l’obscurité
et avoir tellement peur de ses cauchemars récurrents qu’elle attend
jusqu’au matin pour dormir. Elle n’arrive plus à sortir seule et a
perpétuellement peur.
La victime avait dit à son agent de probation qu’elle
ne « voulait pas voir Brock pourrir en prison », que ce qu’elle
« voulait vraiment était que Brock saisisse, comprenne et admette son
méfait ». Mais après avoir lu le rapport de la partie défenderesse au
procès, il est devenu clair pour elle que Brock n’a « démontré aucun
remords ou responsabilité sincère pour sa conduite ». Malgré sa
condamnation, « tout ce qu’il a admis avoir fait est de consommer de
l’alcool », en accusant plutôt la « promiscuité » et « l’alcool sur le
campus ». Elle écrit :
« Une personne incapable d’assumer la pleine
responsabilité de ses actes ne mérite pas une peine réduite »,
écrit-elle. « Il est profondément offensant qu’il tente de diluer son
viol avec une suggestion de ‘promiscuité’. Par définition, le viol n’est
pas l’absence de promiscuité, le viol est l’absence de consentement, et
cela me perturbe profondément qu’il ne puisse même pas faire cette
distinction …
… La gravité du viol doit être communiquée sans
détour, nous ne devons pas créer une culture qui suggère que nous
apprenions par essai et erreur que le viol est mauvais. Les conséquences
de l’agression sexuelle doivent être suffisamment graves que les gens
en aient assez peur pour faire usage de jugement même s’ils sont en état
d’ébriété, suffisamment graves pour avoir un effet préventif …
… Il est maintenant inscrit à vie comme délinquant
sexuel. Cette sentence n’expire pas. Tout comme ce qu’il m’a fait
n’expire pas, ne disparaîtra pas tout simplement après un nombre
déterminé d’années. Cela reste avec moi, ça fait partie de mon identité,
il a changé pour toujours la façon dont je me comporte, la façon dont
je vis le reste de ma vie. »
L’on prévoit que Brock ne purgera que trois mois
d’une peine de six mois dans la prison du comté. Le journal The Guardian
écrit que « le juge, Aaron Persky, a décrété que les références
positives concernant le prévenu et son absence de casier judiciaire
l’avaient persuadé d’être plus clément ». Il était préoccupé que la
prison ait « un grave impact sur Brock ».
Meghan MurphySource : https://tradfem.wordpress.com/2016/06/07/meghan-murphy-la-culture-du-viol-cest-le-pere-de-brock-turner-decrivant-lagression-sexuelle-commise-par-son-fils-comme-%e2%80%8920-minutes-daction%e2%80%89/

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