À propos de l’amour de la gauche pour la prostitution – Lettre ouverte de femmes qui en sont sorties
Par Huschke Mau et huit autres femmes sorties de la prostitution.
« Cette [stigmatisation] s’exprime dans un manque de reconnaissance de leur profession. »
Ensuite :
Huschke Mau (@huschkemau)
Signé au nom des femmes de Sisters e.V. qui sont sorties de la prostitution
Annalena, femme sortie de la prostitution
Sonja, femme sortie de la prostitution
Sandra, femme sortie de la prostitution
Sunna, femme sortie de la prostitution
NaDia, femme sortie de la prostitution
Andra, femme sortie de la prostitution
Esther Martina, femme sortie de la prostitution
Eva, femme sortie de la prostitution
Lettre ouverte aux Jeunesses de gauche unies de
Brême (« Bremer Linksjugend-solid »), une organisation jeunesse
officielle du parti allemand de la gauche radicale, en ce qui concerne
leur prise de position « Solidarité
avec les travailleurs et travailleuses du sexe* – Non à la nouvelle loi
sur la protection des personnes prostituées – Non au paternalisme et à
l’hétéronomie dans l’industrie des services sexuels »(« Solidarität
mit Sexarbeiter * innen – Nein zum neuen Prostituiertenschutzgesetz –
Nein zu Bevormundung und Fremdbestimmung im sexuellen
Dienstleistungsgewerbe »).
[Initialement publié en allemand sous le titre « Die
Linke Freude an der Prostitution – Huschke Mau une Bremer Linksjugend
die » sur le site Web sisters-ev.de, le 21 avril 2016.]
Aux membres des Jeunesses de gauche unies,
Je veux qu’il soit clair que je m’adresse à ceux et
celles d’entre vous qui ont voté pour la proposition « Solidarité avec
les travailleurs du sexe – Non à la nouvelle loi sur la protection des
prostituées – Non au paternalisme et à l’hétéronomie dans l’industrie
des services sexuels », lors du meeting fédéral de l’organisation
Jeunesses de gauche unies des 8 et 9 avril 2016. Je suppose que cela ne
signifie pas la totalité d’entre vous, ce qui suggère qu’il y a encore
de l’espoir.
Je suis une ancienne « travailleuse du sexe », comme
vous nous appelez ; j’ai lu votre proposition, et je voudrais vous dire
exactement ce que je pense de la « solidarité » que vous nous offrez
dans ce document.
Tout d’abord, il est rassurant que vous l’ayez signée
comme Jeunesses de gauche. Parce que lorsque j’ai lu l’expression
« industrie des services sexuels », j’étais sûre pendant un instant que
le FDP [le parti allemand du libertarisme économique] était revenu
d’entre les morts.
Mais j’ai vraiment apprécié que vous preniez position
contre « l’hétéronomie », le pouvoir des autres sur nos vies.
Malheureusement, en lisant cette proposition, j’ai dû me rendre à
l’évidence que vous n’aviez pas compris que « l’autre » qui a le pouvoir
sur les personnes qui sont dans la prostitution est le prostitueur, au
sens que cette caractéristique est INHÉRENTE AU SYSTÈME : il veut du
sexe, je n’en veux pas réellement, j’ai simplement besoin d’argent et
donc je consens à cette hétéronomie par coercition. C’est aussi simple
que cela.
Vous écrivez :
« Même si le travail sexuel est établi depuis
longtemps comme service commercial dans notre société et qu’il est
considéré comme légal en République fédérale allemande depuis 2002, les
travailleuses et travailleurs du sexe demeurent gravement stigmatisés
dans leur vie privée et professionnelle. »
Je suis tout simplement abasourdie que vous décriviez
l’acte de prostitution comme une « profession » et un « service ». La
sexualité est la sphère la plus intime de l’être humain. Pouvons-nous
conserver au moins cela, s’il vous plaît, ou devons-nous laisser chaque
partie de nous-mêmes être complètement réifiée et commercialisée ?
Depuis quand la gauche se fait-elle le champion de la vente de tout
désir humain ? Vous qualifiez le sexe de service, comme s’il était
possible de le séparer du soi, du corps, de la personne ; comme si vous
pouviez simplement le peler, le mettre dans une jolie petite boîte sur
le comptoir d’une boutique, et puis un type se présente, me tend 50
euros et repart avec le service sexuel. Est-ce bien la façon dont vous
imaginez cela ? Vraiment ? Vous parlez même de « mauvaises conditions de
travail » ; croyez-vous réellement que les violences dont nous avons
souffert et dont tant d’entre nous souffrent encore sont en quelque
sorte améliorées si on nous donne un joli « lieu de travail », comme
vous dites ? Des « conditions de travail » ? Mais de quoi parlez-vous ?
Dans quelles conditions la violence que nous infligent les prostitueurs
est-elle acceptable à vos yeux ? Ou ne la voyez-vous tout simplement pas
comme une violence, en ignorant ce que vous disent les personnes
sorties de la prostitution et les chercheuses et chercheurs en
traumatologie ? Soixante-huit pour cent de toutes les personnes
prostituées souffrent de troubles de stress post-traumatique, et cela
sans compter la dépression, la toxicomanie, et les troubles de
personnalités limites et les psychoses. Pensez-vous que ces choses ne
sont que le résultat de « mauvaises conditions de travail » ? Chacune
des femmes qui en sont sorties que je connais décrit ce qu’elle a vécu
dans la prostitution comme une violence sexuelle. Que nous ayons toléré
cette violence sexuelle ou ayons été forcées de le faire ne la
transforme pas en profession !
Et puis vous continuez à propos de la stigmatisation,
en disant que nous ne devons pas être stigmatisé.e.s. Je suis d’accord
avec vous sur ce point, mais je dois souligner que ce n’est pas le
stigmate qui nous viole, nous agresse et nous tue. Ce sont les
prostitueurs. Malheureusement, vous tirez des conclusions erronées de
l’exigence que les personnes prostituées ne soient pas stigmatisées.
Vous écrivez :« Cette [stigmatisation] s’exprime dans un manque de reconnaissance de leur profession. »
Pour être clair, ce que vous demandez est
essentiellement que la violence à l’encontre des femmes prostituées
devienne normale. Vous voulez qu’elle devienne un emploi. Vous voulez
que la violence devienne ACCEPTABLE. En bref, vous vous battez pour le
droit des femmes à qualifier d’emploi la souffrance de la violence
sexuelle. Ou mieux : Vous vous battez pour le droit des hommes à
violenter des femmes et à minimiser cette violence en la qualifiant de
« travail ».
Une autre chose que je ne comprends pas est tout
votre discours sur « le travail du sexe comme choix personnel ». Toutes
les femmes prostituées que je connais ont « choisi » la prostitution
parce qu’elles ne voyaient pas d’autre option. Comment pouvez-vous
interpréter cela comme un choix personnel ? Est-ce parce que je peux
choisir, AU SEIN DE LA PROSTITUTION, entre seulement faire des
fellations avec un préservatif (et perdre mon revenu en raison du
« choix personnel » de toutes les femmes de l’Europe du Sud) et juste
prendre toutes ces bites dans la bouche sans la moindre protection,
parce que c’est la norme ? Tout un choix personnel !
Notre problème n’est pas le « manque de
reconnaissance de la profession », notre problème est la « profession »
elle-même ! Neuf prostituées sur dix la quitteraient immédiatement si
elles le pouvaient. À quoi diable sert votre baratin sur la
reconnaissance de la profession ?!
Tout votre manifeste donne l’impression d’avoir été
rédigé par le lobby pro-prostitution, et cela semble effectivement être
le cas. Vous vous référez au BESD [Berufsverband erotische und sexuelle
Dienstleistungen e.V . ; soit « l’Association professionnelle pour les
services érotiques et sexuels »] comme « syndicat de travailleuses et de
travailleurs du sexe ». Vous rendez-vous compte que cette organisation
ne représente que 0,01% des personnes prostituées en Allemagne ? Et de
quel genre de syndicat des personnes prostituées parlons-nous s’il
comprend les propriétaires de bordels ? Des exploiteurs qui créent un
« syndicat » pour représenter les travailleuses et travailleurs ? Voilà
bien le syndicat le plus étrange dont j’aie jamais entendu parler. Qui
avez-vous consulté en fait ? En dehors des propriétaires de maisons
closes comme Fricke et de propriétaires d’agences d’escorte comme Klee ?
Quelles sont les sources de renseignements sur lesquelles vous fondez,
en fait, vos décisions ? Si votre prochain projet concerne le racisme,
irez-vous consulter les néonazis ?
Le paragraphe suivant me fait douter que vous possédiez la moindre
capacité de réfléchir à ce sujet ou sur toute autre question. Vous
écrivez :
« En plus de ces revers juridiques, il y a beaucoup
de victimisation et de paternalisme à l’égard des travailleuses et
travailleurs du sexe, même au sein de la gauche sociale. »
Je me demande qui victimise les femmes prostituées –
les prostitueurs qui nous agressent ou les personnes qui font état de
ces agressions ? Si vous voulez nous empêcher de devenir des victimes,
abolissez le statut de prostitueur ! Ou peut-être voulez-vous simplement
que les gens arrêtent de DIRE que des préjudices nous sont imposés dans
et par la prostitution ? Si tel est le cas, veuillez vous contenter de
dire cela et cessez de prétendre que les personnes qui reconnaissent la
prostitution comme inhumaine nous victimisent en quelque sorte – ce ne
sont pas ELLES qui le font.
Ensuite, vous écrivez :
« Ainsi, certains éléments de la gauche ont à
plusieurs reprises réclamé une « abolition totale de la prostitution »
ou le soi-disant progressiste « modèle suédois », en affirmant que le
travail du sexe/la prostitution est l’expression ultime du patriarcat. »
Laissez-moi tirer cela au clair : parce que cette
phrase donne l’impression que vous ne croyez PAS que la prostitution est
une expression du patriarcat. Si elle ne l’est pas, de quoi s’agit-il
alors ? Pourquoi 98% de toutes les personnes prostituées sont-elles des
femmes et presque 100% des prostitueurs, des hommes ? Mais ne dites
surtout pas que c’est parce que nous vivons dans un patriarcat ?
Puis, vous dites :
« Oui, le travail du sexe se fait actuellement dans
le contexte du patriarcat, ce qui signifie que la question de son
caractère volontaire est malheureusement toujours difficile à démêler. »
Donc, la prostitution a aussi lieu en dehors du
patriarcat ? Sérieusement ? Et quelles conclusions tirez-vous de ce
qu’il soit difficile de répondre à la « question de son caractère
volontaire » ?
Ensuite :
« Ce sont surtout des femmes qui travaillent dans
cette profession, alors que ce sont surtout les hommes qui achètent les
services des travailleuses du sexe. »
Je trouve tout simplement incroyable la façon dont
vous prenez la part des agresseurs et banalisez la violence sexuelle par
votre choix de mots.
Ensuite :
« Cependant, la réponse féministe ne peut pas être
d’adopter une approche paternaliste et d’essayer de dire aux
travailleuses et travailleurs du sexe ce à quoi une vie décente devrait
ressembler. »
Je meurs d’envie de savoir où vous allez chercher ça.
Les gens qui voient la prostitution comme destructrice et inhumaine ne
sont pas paternalistes : elles et ils expriment de la solidarité avec
nous. Et c’est exactement ce que vous pourriez faire avec un peu de
pratique. Il faut que vous arrêtiez de ramener cette idée stupide que
toute personne qui reconnaît la prostitution comme dommageable est une
sorte de moraliste conservateur essayant de faire la leçon à des
« femmes déchues ». Reconnaître la souffrance et la misère de la
prostitution et déclarer qu’elle constitue une violence n’est pas faire
la morale ; cela signifie VOIR les conditions réelles où vivent les
personnes prostituées et manifester ainsi du respect et de l’attention
aux personnes qui souffrent à l’intérieur de la prostitution et à cause
d’elle.
Ensuite :
« Tant le modèle suédois qu’une interdiction complète
mettraient en danger l’autonomie et la protection des travailleuses et
travailleurs du sexe de façon encore plus dramatique que les lois
existantes. Ces lois plus strictes ne changeraient rien à l’existence du
patriarcat avec ses rôles spécifiques et sa hiérarchie de pouvoir
social entre les femmes et les hommes. »
Pourquoi cela ne changerait-il rien ? La prostitution
est l’un des principaux piliers du patriarcat, comme toute violence
sexuelle. Pourquoi est-ce que ça ne changerait rien de l’interdire ?
Pourquoi la prostitution serait-elle la seule sphère de la vie où les
lois n’ont soudainement pas le moindre impact ? La prostitution a-t-elle
lieu dans quelque espace intersidéral ? Vous pourriez aussi bien dire
que le viol ne doit pas être interdit par la loi, car cela ne fait rien
pour changer les rôles patriarcaux et la hiérarchie de pouvoir social !
Êtes-vous en train de dire que vous voulez simplement tout laisser tel
quel ? La violence sexuelle, les structures patriarcales – est-ce bien
ce que vous endossez ? La gauche a-t-elle perdu toute vision de
l’avenir ? Ou n’est-elle à court de vision que lorsqu’il s’agit des
femmes prostituées ?
Oui, je présume que vous êtes de bonne foi. Mais si
vous préconisez la décriminalisation du prostitueur (je crois que nous
sommes tous d’accord pour dire que l’on ne devrait jamais criminaliser
la personne prostituée), alors cela équivaut à tenir un discours comme :
« Les femmes touchées par la violence conjugale sont stigmatisées. Pour
les libérer de ce stigmate, nous allons décriminaliser la violence de
leur agresseur. De cette façon, la femme n’aura plus rien dont avoir
honte. » Arrivez-vous à comprendre au moins une partie de tout ça ?
Ce que votre brochure ne mentionne pas du tout est le prostitueur – comme d’hab.
Faites-moi simplement une faveur en allant lire
quelques messages au hasard sur les forums destinés à ces hommes, puis
dites-moi comment diable vous pouvez soutenir la légalisation de quelque
chose comme ça ? Comment pouvez-vous endosser que des hommes fassent de
telles choses aux femmes ? Je suis curieuse d’entendre vos arguments à
cet effet.
Ensuite :
« Celles et ceux qui veulent rendre illégaux les
travailleurs du sexe par choix criminalisent l’ensemble de l’industrie
et la contraignent à la clandestinité, où aucune protection ne peut leur
être fournie. Afin d’être mieux protégés, les travailleuses et
travailleurs du sexe ont besoin de plus d’autodétermination et de la
reconnaissance sociale et juridique de leur profession. Ce n’est que de
cette façon et en étant reconnus comme travailleurs qu’ils et elles
peuvent s’organiser publiquement dans le cadre de la classe ouvrière et
revendiquer leurs propres intérêts, de meilleures conditions de travail
et une sécurité sociale. Une interdiction du travail du sexe ou la
criminalisation des clients (comme en Suède) ne contribuerait qu’à
rendre le travail du sexe invisible et moins sûr. »
Et revoici encore le conte de fées de la
clandestinité. Veuillez s’il vous plaît aller lire quelques textes
expliquant le modèle suédois, qui criminalise le prostitueur et
décriminalise la prostituée. Et lisez des évaluations de cette loi, là
où elle a été appliquée, en Norvège par exemple. Non, la prostitution ne
correspond pas à une quantité d’actes coulée dans le bronze. Oui elle
peut être diminuée. Non, le modèle suédois ne la refoule pas dans la
clandestinité. Oui, le point de vue d’une société sur les femmes se
transforme quand un sexe ne peut plus acheter l’autre. Non, nous n’avons
pas besoin de « reconnaissance en tant que profession », nous avons
besoin que la prostitution soit reconnue comme une VIOLENCE. Et non,
nous ne faisons pas partie de la classe ouvrière, nous sommes d’abord et
surtout des personnes lésées par des violences sexuelles par le biais
de la prostitution ! Nous ne nous organisons PAS dans le cadre de la
classe ouvrière, mais au sein d’associations de victimes et de
survivantes (par exemple, SISTERS e.V., et SPACE International, des
organisations que vous refusez cependant d’écouter. Nous n’avons pas
besoin que vous nous organisiez ou que vous parliez de nous ; nous nous
organisons nous-mêmes, merci beaucoup.
Ensuite :
« Ceux et celles qui préconisent réellement une
société émancipée doivent aussi plaider pour l’autodétermination
physique et sexuelle. »
La prostitution est l’exact opposé de
l’autodétermination sexuelle. Une partie veut du sexe, l’autre non.
L’argent est censé combler ce fossé. La prostitution n’a RIEN à voir
avec l’autodétermination physique et sexuelle parce que tout ce que je
fais, le prostitueur en décide ; c’est cela la situation d’hétéronomie.
J’en ai incroyablement marre de tous vos discours sur la libération
sexuelle lorsque vous mentionnez dans un même souffle la prostitution
comme un chemin vers cette libération. Ne nous entraînez pas dans ce
discours ; nous ne nous laisserons pas instrumentaliser de cette
manière ! Faites votre propre libération sexuelle, mais vous ne serez
pas autorisés à utiliser et maquiller la violence commise contre nous
pour y arriver.
De plus, j’aimerais bien vous voir faire un peu de
recherche ; vous découvrirez rapidement que la prostitution forcée et la
prostitution ne peuvent pas être envisagées séparément, comme vous
préférez le faire. D’une part, les lignes entre les deux sont floues, et
d’autre part il n’y aura jamais assez de femmes qui font cela
« volontairement » ; un grand pourcentage d’entre elles devront toujours
être contraintes pour satisfaire la demande. Cela signifie que vous ne
pouvez pas vouloir la prostitution sans être d’accord avec la
prostitution forcée ; l’une n’existe pas sans l’autre. Et en passant, si
vous soutenez la décriminalisation complète et la légalisation de la
prostitution, vous soutenez le principe du marché comme unique facteur
de régulation, ce qui signifie : la demande augmente, l’offre se
développe, la demande croît encore plus parce que les hommes considèrent
maintenant comme parfaitement normal d’être un prostitueur, l’offre
continue à croître, et ainsi de suite. C’est une spirale ascendante. À
vous voir si impatients de voir de la valeur capitaliste extraite des
femmes comme marchandises, on se demande si vous avez déjà lu quoi que
ce soit sur les mécanismes de base du capitalisme ?
Ensuite :
« Le droit d’asile doit également être réformé de
telle sorte que les prostituées migrantes sous contrainte ne soient plus
confrontées à la menace d’expulsion, mais qu’elles reçoivent plutôt des
permis de résidence et de travail. Cependant, l’intention qui sous-tend
notre décision est de mettre l’accent sur ces travailleuses et
travailleurs du sexe qui éprouvent actuellement des restrictions de leur
auto-détermination physique, de leur santé et de leurs droits dans leur
vie professionnelle de travailleuses et travailleurs du sexe, les
personnes qui ont fait le choix conscient et délibéré de livrer des
services sexuels et érotiques. »
Oh, et quelle est la proportion de ces personnes ?
Une sur dix au grand maximum. Et voilà sur qui vous voulez vous aligner
pour déterminer des facteurs qui affectent la situation de TOUTES les
femmes prostituées en Allemagne ? Vous ne vous souciez pas du reste
d’entre nous, ou quoi ? Qui avez-vous écouté chez BESD, cette
organisation des propriétaires de bordels ? Vous n’avez certainement pas
écouté les 90 pour cent de prostituées du pays qui sont des femmes
migrantes, parce qu’elles ne font pas partie de cette organisation. Et
vous êtes réellement heureux de votre connivence avec ces merdes
racistes ! La grande majorité des prostituées ne sont pas les
propriétaires de maisons closes, des escortes de grande classe, des
dominatrices ; la majorité d’entre elles ne parlent même pas
l’allemand ! Comment pouvez-vous être aussi ignorant.e.s ? La
prostitution est classiste et raciste, ou pourquoi pensez-vous qu’on y
trouve tant de femmes autochtones dans les autres pays, et tant de
femmes roms en Allemagne ? Comment expliquez-vous cela ?
Et puis vous allez afficher sur Facebook des appels à des manifestations antiracistes ? Vous me faites vraiment rire !Ensuite :
« Ainsi nous estimons qu’un féminisme qui est sérieux
au sujet de son souci de l’autodétermination des femmes et de
l’autodétermination sexuelle doit aussi se battre pour les droits et les
revendications des associations de travailleuses et travailleurs du
sexe. L’association régionale de Brême des Jeunesses de gauche solides
appuie un tel féminisme et Belle plaidera pour l’autonomisation
juridique des travailleuses et travailleurs du sexe et se montrera
solidaire de leurs luttes. »
Vous ne vous montrez certainement pas solidaire de
nos luttes en qualifiant la violence sexuelle de profession, en ignorant
la majorité d’entre nous, et en qualifiant la prostitution
d’autodétermination sexuelle et physique !
Mais de quoi diable parlez-vous ? Il vous faut
trouver un chemin pour revenir à la réalité. Et si vous ne pouvez pas
nous signifier de solidarité parce que vous êtes trop occupés à écouter
les propriétaires de bordels, au moins laissez-nous en paix et ne
présumez pas de parler en notre nom ! Vous n’avez jamais eu à offrir
votre cul : vous êtes à l’extérieur de la prostitution – ce qui est un
privilège, j’aimerais vous le rappeler – et vous êtes assis là, dans
votre association régionale de Brême et à votre meeting fédéral, à
baratiner sur sa reconnaissance en tant que profession ? Arrêtez de
délirer.
Au moins une fois par semaine ici, chez Sisters e.V.,
nous recevons la visite d’une femme qui est déjà sortie de l’industrie
(sans parler de celles qui nous contactent parce qu’elles cherchent
encore à en sortir !) Elle nous dit que si elle a pris tout ce temps
pour briser son silence, c’est parce que tout ce que la société lui dit,
c’est que c’est une PROFESSION et que c’est du TRAVAIL et que c’est un
EMPLOI ; c’est du joyeux travail sexuel – et donc toutes les blessures
qu’elle a subies dans la prostitution indiquent que c’est ELLE qui doit
avoir un problème. Et cela, c’est précisément le climat politique que
créent les gens comme vous. Tout votre discours enferme dans le silence
les femmes qui ont quitté la prostitution. Moi aussi, je suis restée
sans voix pendant des années en raison de textes comme le vôtre – parce
que lorsque tu es prostituée et que tu lis quelque chose comme ça, tu ne
sais même pas par où COMMENCER.
La prostitution est sexiste, raciste et classiste, et
vous, vous arrivez, après avoir écouté les propriétaires de maisons
closes et d’agences d’escorte, et vous voulez nous parler de libération
sexuelle ? Et vous appelez cela être de gauche ? Vous ne pouvez pas
parler sérieusement. Il ne peut jamais s’agir d’aménager aussi
confortablement que possible un système sexiste, classiste et raciste
comme la prostitution. Qui espérez-vous voir s’accommoder de cela ? Un
tel système doit être ABOLI. Vous devez comprendre que soutenir les
femmes dans la prostitution n’est pas la même chose que soutenir le
système prostitutionnel ! Ce système doit être renversé et non
institutionnalisé encore mieux et « reconnu comme une profession » ! La
seule chose que je trouve louable à propos de votre document est
l’exactitude avec laquelle il constitue un fidèle copié-collé des
arguments du lobby des pimps. Beau travail, en effet.
Sérieusement, est-ce à cela que ressemble votre solidarité ? Honte à vous, et non merci !Huschke Mau (@huschkemau)
Signé au nom des femmes de Sisters e.V. qui sont sorties de la prostitution
Annalena, femme sortie de la prostitution
Sonja, femme sortie de la prostitution
Sandra, femme sortie de la prostitution
Sunna, femme sortie de la prostitution
NaDia, femme sortie de la prostitution
Andra, femme sortie de la prostitution
Esther Martina, femme sortie de la prostitution
Eva, femme sortie de la prostitution
Post-scriptum : Si vous choisissez toujours
d’entendre l’opinion de femmes de la prostitution qui ne sont pas des
exploiteuses, et que vous voulez dépasser les racontars véhiculés au
sujet du modèle suédois, vous pouvez commenter ce texte d’un Oui. Ça
fait toujours du bien de s’exprimer.
Version originale allemande : http://sisters-ev.de/2016/04/21/die-linke-freude-an-der-prostitution-huschke-mau/
Version anglaise : https://survivormegaphone.wordpress.com/2016/05/10/the-lefts-love-of-prostitution-an-open-letter-from-exited-women/ Le site Survivor Megaphone a pour mandat « Translating the words of survivors of prostitution »
Traduction : Tradfem
*Note des traducteurs : Les noms désignant des
personnes – tels travailleur, prostitueur et femme – dans le document en
allemand des Jeunesses de gauche solides, sont tous suivis d’un
astérisque pour alléguer leur neutralité de genre (l’allemand est une
langue très sexuée). L’astérisque apparaît même après le substantif
« femmes », malgré l’absence de forme masculine du mot ou de suffixe
connu. Le seul nom dénué de cet astérisque est le mot « hommes ».
Source : https://tradfem.wordpress.com/2016/06/06/a-propos-de-lamour-de-la-gauche-pour-la-prostitution-lettre-ouverte-de-femmes-qui-en-sont-sorties/

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